The Dawn Wall : 19 Jours sur le mur

Le 14 janvier 2015, Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson achevaient l'ascension en escalade libre d'El Capitan, la façade rocheuse la plus difficile au monde. The Dawn Wall, le film du récit de cet exploit, vient d'être porté à l'écran en collaboration avec RedBull. Photos : Red Bull Content Pool

Le 27 décembre 2015, Kevin Jorgeson et Tommy Caldwell, deux grimpeurs chevronnés, se lancent à l’assaut de la face de El Capitan. Un énorme bloc de granit dressé au milieu du parc national de Yosemite dont le côté le plus lisse, le Mur de l’Aube, est considéré comme l’escalade rocheuse la plus difficile au monde… 19 jours plus tard, à 15h30 heure locale, les deux américains parviennent au sommet. 900 mètres à gravir à la force des mains, sans matériel de progression, avec tous les impondérables liés à la fatigue ou la météo. Dans The Dawn Wall, nous le suivons avec Kevin Jorgeson dans leur ascension historique vers le sommet. C’est une étrange montée qui va leur prendre des semaines, ils dorment dans des tentes spéciales suspendues à la paroi, font leur besoin dans des sacs en plastiques et grimpent à l’aide de prises pour les pieds et les mains qui ne sont pas plus épaisses qu’une carte de crédit ! Kevin Jorgeson parle de l’état de ses mains à l’arrivée : « Elles sont ruinées. Elles me font mal dès que je me réveille le matin. Il va falloir un petit moment pour qu’elles reviennent à leur état normal. Le dos de mes mains est couvert de croûtes à cause des entailles. Le bout de mes doigts est couvert de callosités dures comme la pierre. Sous les callosités, j’ai des contusions à cause des prises très dures qu’on devait prendre. Et j’ai des points de suture sur mon index et mon majeur à cause de ma lutte sur le pitch 15. Ce pitch a vraiment fait des dégats, il y a eu des moments sombres, parce que tout le trajet qu’on avait défini était en jeu. J’ai eu des moments de réelle démotivation quand je n’arrivais pas à le dominer. Mais j’ai décidé que j’allais réussir. Le problème, c’est que je n’avais jamais plus de quatre essais en une nuit avant que ma peau ne soit coupée et commence à saigner. C’est pas comme si je pouvais essayer 50 fois (Kevin a réussi après 7 jours). » De son côté, Tommy Caldwell était diminué de l’index coupé de sa main gauche, un accident survenu lors d’un accident il y a des années. « Clairement, c’est plus compliqué de grimper avec ce doigt en moins… j’ai dû travailler plus dur… ça m’a redirigé vers le chemin que je suis actuellement ». Les deux hommes ont surmonté des moments effrayants, Kevin se rappelle : « C’était le matin après une tempête glaciale, d’énormes morceaux de glace tombaient du haut du mur et explosaient quand ils touchaient les parois au-dessus de nous, frôlant nos têtes. C’est le seul moment où j’ai vraiment eu peur pour ma vie. » Ils ont aussi vécu des moments inoubliables. Tommy déclare : « La nuit où on a dormi sur le rebord, à 90 mètres du sommet. Il ne nous restait qu’un tout petit peu d’escalade. Le matin, en écoutant de la musique, regardant le soleil se lever… c’était vraiment un moment puissant, on avait réussi ce voyage incroyable, on avait lutté contre tellement de choses. » Pour Kevin, le seul truc qu’il veut retirer de ça, c’est que les gens se demandent : « Quel est mon propre Dawn Wall ? Tout le monde a un grand projet dans sa vie et c’est ça que je veux faire résonner. Rêver en grand, travailler en équipe, collaborer et persévérer. Ce sont des qualités humaines auxquelles on peut tous se référer. » Le projet avait démarré 7 ans plus tôt dans la tête des deux hommes, Pour beaucoup, il s’agit là du plus grand challenge jamais réalisé en escalade.