Superfighter Club

Décollage vers la Base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson à la rencontre de Babouc et Marty, les deux pilotes du Rafale Solo Display. Cette unité a pour mission de représenter l'Armée de l'air et le fleuron de la chasse française, le Rafale, sur de nombreux meetings à travers le monde. Photos : Etienne Delorme

Qui ne s’est pas pris à vouloir s’asseoir un jour sur le siège de Maverick dans TOP GUN ? Certains métiers font rêver des générations d’enfants et d’adolescents, celui de pilote de chasse doit au moins se situer dans le top 5. Sébastien et Jean-Guillaume, plus connus sous leur indicatif ‘Babouc’ et ‘Marty’ vivent ce rêve. Et cerise sur le gâteau, c’est à bord de l’un des avions de chasse le plus abouti de sa génération qu’ils ont la chance de voler devant des milliers de personnes fascinées par leurs acrobaties aériennes. Entretien avec des stars du ciel, pilotes de démonstrations sur Rafale…

PREMIUM : Quelle est la mission du rafale Solo Display ?
Marty : C’est un outil de communication et un outil de vente. A l’instar de la PAF, de l’équipe de Voltige, des couteaux Delta* ou des paras de l’Armée de l’Air, le RSD fait partie des ambassadeurs de l’Armée de l’Air et doit à ce titre porter nos couleurs et être déployé sur des meetings pour inciter les jeunes à s’intéresser à nos métiers et éventuellement à faire carrière. Le Rafale a une mission différente, il participe à différents salons aéronautiques à l’international pour susciter l’envie à certains pays armés à s’y intéresser. C’est un soutien à l’export pour des entreprises françaises comme le constructeur Dassault aviation, afin de démontrer l’ingénierie française et son savoir-faire. Dans ce cas, c’est l’entreprise qui va utiliser la capacité du RSD à maîtriser les shows aériens pour effectuer des démonstrations à son profit. Par exemple, si Dassault souhaite envoyer le RSD en Inde, il en fait la demande auprès du Général de l’Armée de l’Air en échange d’une contrepartie financière.

*Team composée de deux mirages 2000

PREMIUM : Comment situez-vous le Rafale par rapport à ses rivaux ?
Marty : J’imagine que tu fais allusion au Typhoon d’Eurofighter ou au Gripen Suédois. Le Rafale est très en avance sur ces appareils de part ses capacités de combat omnirôles et sa capacité à voler longtemps, il l’a prouvé lors des opérations contre les Djihadistes en Libye. L’avion a effectué des allers-retours entre les deux pays, réarmant depuis la base où nous nous trouvons pour aller frapper ensuite en Libye, c’est ce type de publicité qui a déclenché des contrats de vente. C’est un couteau Suisse, il est capable de tout faire, tout dépend de la configuration d’armes qu’il emporte. Il peut prendre des photos, faire de la défense aérienne, de l’attaque au sol, de l’assaut nucléaire, de l’assaut stratégique, de l’assaut conventionnel avec des missiles de croisières, il peut même dans la version Marine tirer des missiles pour détruire des navires. Tout cet éventail de missions a été concentré dans un seul appareil ce qui a pour avantage de rationnaliser tout l’équipement au sol. Une base équipée de Rafales peut soutenir une autre base de Rafales, parce que les matériels sont identiques. Cela coûte donc moins cher d’être équipé de rafales. En revanche, cette polyvalence se fait au détriment de sa spécialisation dans certains domaines, le F-22 américain est par exemple hyper performant dans la défense aérienne, mais il ne sait faire que ça.

PREMIUM : Combien de personnes compte la team du RSD ?
Marty : Le coach et le pilote qui fera les démonstrations. Le coach c’est l’ancien présentateur qui au moment où le nouveau arrive, devient coach pendant deux ans. Le cycle c’est donc deux ans pilotes et deux ans coach. On est suivi par un pool de 45 mécanos répartis dans 5 spécialités différentes, le pistard qui met en œuvre l’avion quand on se pose et qui fait les pleins, un armurier qui s’occupe du siège éjectable et de l’armement sur l’avion, en l’occurence les fumigènes en bout d’ailes lors des meeting, un motoriste, un vecteur qui gère les cellules et circuits hydrauliques, un avionique pour les systèmes automatisés de l’avion et un chef d’équipe, on a donc un minimum de 6/7 personnes sur ces 45 qui nous suivent à chaque meeting.

PREMIUM : Quel est le rythme des meetings que vous devez assurer ?
Marty : On est engagé sur 2 ans, ce rythme est aligné sur celui des salons aéronautiques. La première année débute en mai et se termine mi-octobre, tous les weekends nous partons sur un ou deux sites. Le lundi est consacré au retour, le mardi et mercredi c’est notre weekend de repos, le jeudi nous travaillons normalement à l’escadron et le vendredi on reprend le voyage.

PREMIUM : Vos shows permettent-ils de conclure des ventes ?
Marty : Les commerciaux de Dassault Aviation nous accompagnent dans les pays susceptibles d’acheter un avion de combat, notre rôle est d’expliquer et de présenter l’avion. C’est le cas de pays comme l’Inde, la Malaisie, Singapour, la Corée, le Qatar, les Etats Arabes Unis, Doha, etc. La production d’un avion comme le Rafale c’est 400 à 500 d’emplois pour les sous-traitants, notre mission est donc cruciale.

PREMIUM : Sur quels critères est sélectionné le pilote de la RSD ?
Marty : Il faut que le pilote soit volontaire pour un engagement de 4 ans. Tous les weekends de meeting cumulés totalisent 4 mois d’absence la première année, et 6 mois la deuxième année. Il doit être chef de patrouille dans un escadron de Rafales, c’est à dire qu’il peut emmener avec lui 4 avions au combat, et avoir un minimum de 500 heures de vol sur Rafale. Enfin, une liste est émise par les ressources humaines de l’Armée de l’Air, en fonction du personnel, et la plupart du temps c’est la tête de liste qui devient pilote du RSD. Au final, il n’y a pas beaucoup de candidats tant les contraintes sont importantes. Il faut aimer communiquer et ne pas avoir peur d’être la cible des photographes ou des terroristes !

PREMIUM : Quelle est la figure la plus impressionnante que vous exécutez en programme de démonstration ?
Marty : Le Rafale est capable grâce à ses commandes de vol électriques, d’arriver à contresens de la piste, de se cabrer, se retourner et sortir le train d’atterrissage en terminant une boucle. Les pilotes des autres modèles d’avions sont toujours étonnés de voir les capacités de notre avion.

PREMIUM : Quel est l’avion sur lequel vous rêvez de vous installer aux commandes ?
Marty : Il faut savoir que notre brevet de pilote de chasse ne nous permet pas de voler sur des avions civils. Nous devons donc repasser nos brevets de pilotes après notre carrière. Mon rêve est de pouvoir voler un jour sur un Spitfire ou un P-51 Mustang, ce sont des avions mythiques qui ne disposent pas de commandes assistées électroniquement et qui nécessitent un retour aux bases du pilotage !