Succès magique

La rousse débraillée qui écrivait dans les cafés d’Edimbourg, en Ecosse, s’est transformée en femme d’affaires. Ce changement, elle le doit à ses 50 millions d’exemplaires de Harry Potter écoulés en 80 langues, ses huit films qui ont rapporté plus de 6 milliards d’euros, ses deux pièces de théâtre mais surtout, à sa persévérance. Retour sur l’histoire miraculée de Joanne Rowling, l’un des auteurs à succès les plus lus de l’histoire du monde.

Elle est née le même jour que le garçon à lunettes, le 31 juillet 1965 dans une petite ville de Bristol. Comme Harry Potter, son héros orphelin, Joanne Rowling vit dans une banlieue britannique. Dans la maison, il y a même un placard sous l’escalier mais contrairement au jeune sorcier, elle n’a jamais été obligée d’y dormir. Pourtant, son enfance n’a pas été tendre, pas plus que son adolescence et son début de jeune femme.
Diplômée de l’université d’Exeter en langue et en littérature françaises, elle débute sa carrière à Amnesty International avant d’enseigner le français puis l’anglais au Portugal où elle rencontre son mari. Il est journaliste, père de sa fille et à l’origine de son retour déterminant à Edimbourg aux côtés de sa sœur en 1993.
Fauchée, déprimée, suicidaire, après la perte de sa mère et son divorce, Rowling se met à écrire Harry Potter et la pierre philosophale. À cette époque, âgée de 28 ans, maman d’une petite fille de six mois, elle vit des aides sociales. Il lui arrive parfois de sauter des repas pour pouvoir nourrir sa fille ou acheter des rubans d’encre pour sa machine à écrire. Si sa situation précaire aurait pu la forcer à travailler, elle s’obstine. Il est inenvisageable qu’elle renonce à son roman dont elle a déjà esquissé le canevas pendant cinq ans et dont elle sait qu’il comptera sept tomes. Elle s’installe alors dans un café, puis dans un autre et reprend jour après jour des notes écrites sur différents papiers dans un train affichant quatre heures de retard à la gare de King’s Cross à Londres.

Des cafés de Leith à Hollywood

Trois ans plus tard, le livre est bouclé et envoyé à plusieurs maisons d’édition. Les refus s’enchaînent, elle en compte 12. Bloomsbury décide finalement en 1997 grâce à Christopher Little, un agent littéraire, d’imprimer 5.000 exemplaires du manuscrit pour 2 500 livres sterling -environ 3 000 euros-. A cette époque, son éditeur lui suggère de choisir un nom de plume afin que les hommes ne reculent pas devant un livre écrit par une femme. À tort ou à raison, la jeune maman s’exécute et choisit d’utiliser la première lettre de son prénom et de celui de sa grand-mère. Succès absolu. Traduit en trente langues et classé pendant plus de cent semaines dans la liste des best-sellers du New York Times, le premier tome atteint, en dix-huit mois, le chiffre record de 20 millions d’exemplaires vendus dans le monde.

Un tour de force qui lui permet la signature de l’adaptation de ses sept romans en films avec Warner Bros. En 2001, l’adaptation cinématographique d’Harry Potter Et La Pierre Philosophale est un mastodonte au box-office. Avec Daniel Radcliffe dans le rôle de Harry Potter, Emma Watson dans le rôle d’Hermione Granger, Rupert Grint dans le rôle de Ron Weasley et un panel de comédiens britanniques de formation classique pour compléter le casting, l’entreprise est énorme. Le film réalisé par Christopher rapporte 974,8 millions de dollars au box-office et ouvre la voie à ce qui deviendra la franchise de films la plus réussie de l’histoire.

La pression de trop

Le succès est grandissant. Les trois premiers livres : Harry Potter et la Pierre Philosophale, La Chambre des Secrets et Le Prisonnier d’Azkaban l’ont tous rendue un peu plus populaire. La Coupe de Feu, deux fois plus long que le dernier roman, est publié simultanément dans le monde entier. Une coordination de ses éditeurs qui plonge Joanne dans une atmosphère oppressante. L’émotion est trop forte, « la pression était devenue écrasante » confesse-t-elle. « J’ai trouvé difficile d’écrire, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant dans ma vie. L’intensité de la pression était accablante. Je n’étais pas totalement préparée à cela. Et j’avais besoin de prendre du recul. Sacrément besoin de prendre du recul. » Cette nécessité se ressent sur la tristesse des traits du visage de la miraculée qui apparaît à cette époque, le visage méfiant. Une thérapie et son mariage avec Neil Murray lui permettent de remettre de l’ordre dans sa vie et de terminer sa saga avec brio.

L’autre nom de J.K. Rowling

En avril 2013, la romancière publie L’appel Du Coucou sous le nom de Robert Galbraith. Un roman policier qui conquiert les critiques, saluant « un premier roman remarquable » et une « sensibilité de l’auteur ». Cette démarche libératrice lui permet d’essuyer les retours négatifs de son dernier roman Une Place à Prendre qui n’avait pas provoqué l’affluence suscitée jadis par la saga Harry Potter. Depuis, elle a publié trois autres best-sellers publiés en français chez Grasset : Le Ver à Soie (2014), La Carrières Du Mal (2016) et Blanc Mortel (2019).

Une femme de cœur

Aujourd’hui plus riche que la reine d’Angleterre, qui l’a décorée pour services rendus à la littérature, elle n’oublie rien de son passé. Rowling a fondé et soutenu des dizaines d’organismes de bienfaisance avec sa fortune.

En 2000, elle a créé une première fondation, The Volant Trust, qui lutte contre la pauvreté, avec un budget de 5,6 millions d’euros par an environ. Depuis 2003, elle consacre une journée par semaine à des activités caritatives. L’une d’entre elles est Comic Relief, une organisation caritative anti-pauvreté dont les bénéfices des livres Quidditch à Travers les Âges et Les Animaux Fantastiques lui sont entièrement reversés.
Présidente de Gingerbread, qui soutient les parents célibataires, elle est également fondatrice de l’ONG Lumos -anciennement Children’s High Level Group- aux côtés de la baronne Emma Nicholsons de Winterbourne. L’organisation, qui reçoit notamment tous les bénéfices de la vente du livre Les Contes de Beedle le Bard, a aidé plus d’un million d’enfants en Europe dont la situation sociale est précaire avant d’étendre son activité à la protection de l’enfance dans son sens le plus large. En 2010, elle crée la Clinique Neurologie Régénérative Anne Rowling pour 12 millions de dollars en hommage à sa mère, un nouveau don qui devrait permettre de construire de nouveaux bâtiments et d’améliorer les efforts de recherche des scientifiques dans la sclérose en plaques et l’aide aux personnes souffrant de cette maladie auto-immune. Cette année, c’est un nouveau don de 19 millions de dollars qu’elle offre à la recherche.Une femme de conviction

Rowling est connue pour ses opinions politiques de gauche, soutenant généralement le parti travailliste britannique. Elle a fait don d’un million de livres au parti en 2008 et cite souvent son expérience des avantages du gouvernement alors qu’elle écrivait Harry Potter et La Pierre Philosophale lorsque les politiciens menacent de réduire le financement de programmes similaires.

Et si l’auteure britannique écrit des livres et des scénarios de films pour enfants prônant l’amour et la tolérance, sur Twitter, c’est aux adultes qu’elle s’adresse. Elle dénonce et accuse en faisant de sa plume sa plus belle arme. Avec 14,5 millions de followers elle livre une bataille contre sa cible favorite : Le président des États-Unis. Contre lui, c’est un peu comme Harry contre Voldemort.
Mais au-delà de ses luttes quotidiennes pour changer le monde, des guerres qu’elle mène sur les réseaux, la vie de Joanne a bien changé. « Je ne suis plus la même personne qu’il y a quelques années. Plus du tout. Je suis bien plus heureuse. »