Steeve McQueen, l’american idol

Presque 40 ans après sa mort, l’acteur de légende Steve McQueen est toujours considéré comme le « King of Cool ». Rêveur, indomptable, son destin hors du commun le hisse parmi les stars de cinéma américaines les plus fascinantes. Rétrospective.

Entre ses personnages forts et son charisme singulier, McQueen est devenu légendaire, presque mystique. Terrence Steven McQueen de son vrai nom est né le 24 mars 1930, à Beech Grove dans l’Indiana, patrie des courses automobiles. A se pencher sur son histoire, rien, absolument rien, ne laissait présager une telle destinée. Ses parents étaient aux abonnés absents, entre un père qu’il n’a pas connu et une mère qui l’abandonne peu de temps après sa naissance. C’est son oncle qui l’élève dans sa ferme, dans le Missouri, jusqu’à l’âge de ses douze ans. A cette époque, aux préludes de l’adolescence, sa mère revient le chercher pour aller vivre à Los Angeles avec son nouveau mari; c’est ainsi que s’amorce sa descente. Jeune homme au caractère exubérant, peu porté sur l’école (qu’il interrompt rapidement), Steve a tendance à passer son temps à errer dehors, se passionnant pour la moto (il sera même expulsé de l’Institut de Technologie Carnegie pour en avoir rouler une au milieu des couloirs de l’école des beaux-arts)… et les vols. Et c’est en dérobant des enjoliveurs qu’il finit en maison de correction à Chino, une banlieue de Los Angeles : il y perd son nom et devient un matricule, le numéro 3188. Après plus d’un an d’incarcération, 5 tentatives d’évasion – au moins, il redevient enfin libre.

Pour garder la tête hors de l’eau, il se met à faire mille petits boulots : marin de la marine marchande (il quitte le navire deux semaines plus tard, à Saint-Domingue), joueur de poker professionnel, mécanicien ou docker. Il va jusqu’à s’engager dans les Marines, où il reste 3 ans, de 1947 à 1950. De retour, il continue à gagner des salaires de misère en collectionnant des jobs peu gratifiants qui le mènent au Texas, au Canada alors florissant, et enfin à New York où il tombe par hasard dans le cinéma. Ses débuts au grand écran sont quasi anonymes, dans un petit rôle non accrédité dans le film ‘Girl on the Run’ (1953) par Arthur J. Beckhard et Joseph Lee. Conquis par la magie du cinéma, il décide – enfin – de mettre en ordre sa vie : il fréquente la Neighborhood Playhouse pendant 2 ans et paie ses frais de scolarité avec le salaire qu’il perçoit en tant que chauffeur. Chaque soir, il travaille jusque trois heures du matin, mais chaque matin il est présent en classe, ponctuel comme une montre suisse. Cette année, en 1955, seuls McQueen et Martin Landau sont acceptés à l’Actor’s Studio de Lee Strasberg, et ce parmi 2000 acteurs. La deuxième moitié des années 50 lance enfin la carrière de McQueen. Choisi par Robert Wise en 1956 pour jouer un petit rôle dans le film ‘Marqué par la haine’ aux côtés de Paul Newman (avec lequel il rencontrera une longue rivalité professionnelle), il obtient son premier personnage majeur en 1958 dans ‘Danger planétaire’. Quoi qu’il en soit, c’est avec la série ‘Au nom de la loi’, dans laquelle il joue un chasseur de primes, qu’il accède à la notoriété. Ces 3 années et ces 94 épisodes à se glisser dans la peau du protagoniste Josh Randall le hisse parmi les figures les plus connues d’Amérique. S’ajoute ‘La proie des vautours’ (1959) de John Sturges, pellicule dans laquelle il ne devait même pas prendre part au départ mais qu’il finit par intégrer pour remplacer au pied levé un certain Sammy Davis Jr… qui a eu semble-t-il un différend avec Franck Sinatra. Le réalisateur est conquis par le charisme de McQueen et l’inclut dans le casting du cultissime ‘Les sept mercenaires’ aux côtés de Yul Brynner, Charles Bronson et James Coburn (1960). ‘Branle-bas au casino’ (1961), ‘L’enfer est pour les héros’ (1962) et ‘Une certaine rencontre’ avec Natalie Wood (1963) font exploser la popularité de Steve McQueen, qui sera nommé, grâce à ce dernier film, au Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique. La même année, il tourne dans ce qui est considéré comme son meilleur film, ‘La grande évasion’, toujours sous la direction de Sturges. Cette histoire d’aviateurs anglo-américains qui sont prisonniers dans un camp nazi et qui organisent une évasion souterraine le fait entrer dans l’histoire du cinéma mondial.

La fin des années 60 signe de belles productions pour lui, notamment ‘L’Affaire Thomas Crown’ (1967), l’une de ses prestations les plus notoires, et ‘Bullit’ (1968) dans lequel se tourne une poursuite automobile mémorable. Par la suite, il tente de lier son amour pour la vitesse et les courses auto avec le cinéma. Il faut attendre ‘Le Mans’ en 1970. Ce qui devait être l’apologie cinématographique de sa passion fut, en définitive, une complète sortie de route. Tournage éprouvant, décourageant pour l’acteur, il est aussi un véritable échec commercial. Heureusement, ‘Steve McQueen The Man & Le Mans’, sorti en 2015, retrace l’histoire de cette aventure faite de bolides et d’adrénaline avec de sublimes images d’archives et des interviews inédites… Un film, enfin, riche en émotions.

Durant les années 70, il est l’acteur le mieux payé de tout le show-business et collectionne films importants. Idole de Sam Peckinpah, ce dernier le dirige à deux reprises en 1972 : dans ‘Junior Bonner’, dans lequel il incarne un champion de rodéo, et ‘Guet-apens, un polar assez violent. En 1974, on le retrouve dans ‘La Tour Infernale’, production au casting impressionnant qui signera un énorme succès. Diagnostiqué d’un cancer des poumons en 1978, sa carrière s’achève en 1980 avec ‘Le Chasseur’, sorti quelques mois avant sa disparition.

A l’image de sa carrière, sa vie personnelle est jonchée constamment de signes et de péripéties. Il échappe par miracle au massacre commis par Charles Manson en 1969 lors d’un dîner hollywoodien organisé à la maison Polanski (où la femme enceinte du metteur en scène polonais Sharon Tate est assassinée) seulement parce qu’il déclina l’invitation à la dernière minute, préférant un rendez-vous plus charnel avec une femme à peine connue. Ami de Sharon Tate, il est sous le choc en apprenant cet assassinat, d’autant plus que son nom figurait dans la liste noire de Manson. Toujours intrépide, il participe en 1970 aux 12 Heures de Sebring et pilote une Porsche 908 aux côtés de Peter Revson. Il termine en seconde position, derrière la Ferrari 512S de Mario Andretti, alors qu’il conduisait avec une jambe dans le plâtre ! Investi dans ce qu’il entreprend, il se met au karaté, s’entraîne avec Chuck Norris et devient ceinture noire. Cette célébrité des arts martiaux le présente à Bruce Lee ; les trois deviennent alors inséparables et quand la star chinoise décède, c’est McQueen qui porte le cercueil lors de son enterrement.

McQueen est entré dans la légende. Il reste le symbole d’un style, d’une vie à cent à l’heure qui fascina et fascine encore des générations entières, parfois à l’âme rebelle. L’institut de Chino, qui l’avait reçu derrière ses barreaux, lui a dédié le Steve McQueen Recreation Center. Et de grandes marques s’associent encore à cet éternel modèle d’élégance. Barbour, marque de prêt-à-porter anglaise de renom, a réalisé pour son 75ème anniversaire une mini collection en hommage au célèbre acteur américain. Mais on retiendra surtout la montre Monaco de Tag Heuer qu’il porte notamment dans ‘Le Mans’. Le grand pilote Joseph Siffert, vainqueur des 12 heures de Sebring, des 24 heures de Daytona, et autres 1000km du Nürburgring, est l’égérie de Heuer et devient l’une des doublures de McQueen pour les scènes considérées comme trop risquées. Il se raconte alors que Steve McQueen aurait pointé du doigt Jo Siffert tout en disant qu’il souhaitait être habillé comme lui pour le tournage… D’où la fameuse combinaison blanche Gulf/Heuer et la montre Monaco. La montre à l’effigie de McQueen est devenue depuis un best-seller dans l’horlogerie mondiale.

Steve McQueen était un artiste authentique, ‘brut de décoffrage’, qui a révélé sans doute l’un des aspects les plus fascinants de l’Amérique profonde. Hommes et femmes ont été et sont séduits par ce personnage tumultueux, qui vivait à la hâte comme s’il voulait rattraper une jeunesse volée. Il était cool, impétueux, rêveur et indomptable. Il reste simplement « l’une des plus imitées et des moins imitables étoiles de Hollywood ». Les empreintes qu’il laisse derrière lui sont nombreuses, notamment une sur Hollywood Boulevard : une tuile… la seule montée au contraire. Comme un clin d’œil de là-haut, plus près des étoiles.