Richard Aujard : mise au poing

Des dizaines et des dizaines de couvertures de magazines, des expositions, des court-métrages et des ouvrages, Richard Aujard est un photographe et un réalisateur émérite. Alors que certaines de ses photos étaient présentées lors de l’événement Luxart du 12 mai dernier, Premium en a profité pour découvrir un peu plus cet artiste singulier.

6 septembre 2019 ,

Richard Aujard a la sensibilité de l’écorché vif, celui qui cherche perpétuellement la beauté vraie cachée derrière la rudesse de certains traits. A cette approche photographique, on comprend rapidement que la rencontre humaine est pour lui un principe, voire un besoin. Ce photographe à l’allure et à la vie rock’n’roll, sillonnant encore les routes sur sa Triumph ou son Harley, est vraisemblablement un original, ou plutôt un ‘vrai’. Originaire du Pays Basque, champion de France inter-ligue de moto cross à 16 ans, Richard Aujard a manifestement réussi ce pari fou que de réaliser et combiner grand nombre de ses passions avec habileté et succès. Echanges sans chichi avec ce maître de l’argentique à la poursuite du vrai.

PREMIUM : Tout d’abord amateur de deux-roues, comment avez-vous découvert votre passion pour l’image ?

R. A. : Depuis tout jeune je pratique la photographie, mais entre avoir une passion et réussir à en faire son métier il y a un fossé. Je suis monté à Paris à l’âge de 18 ans et j’ai eu la chance de commencer en tant que jeune assistant au studio Vogue. Puis celle de travailler avec de grands photographes, et par la suite j’ai fait des photos pour le magazine Vogue français, et mes premières séries de mode. J’ai fais beaucoup de mode à mes débuts mais ensuite, je me suis tourné vers d’autres univers, comme le portrait, le cinéma, la musique, j’ai toujours beaucoup voyagé.

PREMIUM : Grâce à différentes rencontres, vous devenez l’un des photographes attitrés de Mickey Rourke et Eric Cantona, et en ressortent des photos vraies. Comment parvenez-vous à véhiculer leur force, leurs fêlures et leur authenticité à ces personnalités ?

R. A. : Avant tout cela c’est une rencontre, car Mickey Rourke je le connais depuis 1985, est à l’époque, je commençais à faire mes photos dans le milieu de la moto et de la boxe. Je lui ai montré mes tirages à Paris, on a sympathisé et il m’a dit : « tu vas venir avec moi à Los Angeles et je vais t’aider à faire ton premier livre ». Je me suis dis qu’il n’y aurait pas de suite, mais quelques jours après, il est rentré à L.A. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, c’était le combiné, et un jour le téléphone sonne à 4h du matin, c’était lui, il m’a payé mon billet d’avion et je suis parti vivre un an chez lui pour y faire mon premier livre. Ensuite je suis retourné à Paris ou j’ai rencontré Eric Cantona, avec lequel il y a eu également une grande aventure photographique et d’amitié. Que ce soit avec Mickey ou Eric Cantona, quand on parle de têtes brûlées, je dirais plutôt des personnages de caractères ! Parce qu’il y a aussi Béatrice Dalle, que je connais depuis 30 ans et qui est devenue ma meilleure amie, et avec laquelle j’ai fait un livre. J’ai toujours aimé photographier des univers… les Hells Angels, les bikers, les boxeurs… Avec le temps, se créé aussi des histoires d’amitiés.

PREMIUM : Justement, la beauté lisse semble avoir pour vous peu d’intérêt. Pourquoi ?

R. A. : Il y a une phrase que je dis dans mon livre « j’aime à la fois la force et les fêlures chez les êtres, la sophistication me met mal à l’aise » c’est à dire j’aime la beauté mais j’aime aussi les cicatrices de la vie. Ca ne date pas d’aujourd’hui, les photos de toutes les actrices, mannequins, top models sont tellement retouchées qu’on leur enlève toute la sensibilité et l’âme. Toutes mes photos, elles, sont réalisées en argentique, en film, donc elles ne sont pas retouchées, il y a un peu de travail au tirage, mais c’est tout. Je n’aime pas les photos trop retouchées, tout ce qui est ‘photoshopé’. J’aime la beauté, mais la beauté vraie.

PREMIUM : Vous êtes indéniablement un homme de terrain qui parcourt le monde pour photographier les laissé-pour-compte, les tribus éloignées, les cowboys ou les motards évidemment, l’une de vos passions. Quel périple photographique vous a le plus marqué ?

R. A. : Il n’y en a pas qu’un seul, il y en a plusieurs. Dans le milieu de la boxe qui est vraiment une passion, j’ai fais 2 livres, ‘Champions !’ et ‘Boxing’, principalement aux Etats-Unis, à Las Vegas, dans le temple de la boxe. Rencontrer tous ces grands champions c’est quelque chose qui m’a marqué, parce que même humainement j’ai appris beaucoup de choses. Ensuite, partir avec ‘Action contre la faim’, faire un livre sur les laissé-pourcompte, pour montrer l’envers du décor en Mongolie, car il s’y passe des choses très dures. Je me suis retrouvé dans des souterrains d’Oulan-Bator, avec des bandes de jeunes, orphelins, livrés à eux-même, qui vivent dans les souterrains de la ville, tout simplement parce qu’il se chauffe auprès des canalisations, car la température oscille entre -20 et -30 degré le soir. Toujours avec ‘Action contre la faim’, peu de temps après le séisme qui a fait plus de 200 000 morts à Haïti, j’ai fait des photos dans des camps de réfugiés, pour témoigner. Mais en fin de compte, que ce soit pour la Mongolie ou Haïti, j’ai cédé 100% de mes droits à la fondation. Il y’a aussi tous mes voyages dans l’univers de la moto – ma passion – rencontrer tous ces motos clubs, au delà de la photo c’est des relations d’amitiés. Il y a aussi les rencontres dans les tribus indiennes, chez les Apaches… se faire accepter… c’est un tout, il n’y a pas un sujet qui soit ma préférence. Maintenant je suis plus curieux de l’avenir, de savoir quels seront mes prochaines rencontres.

PREMIUM : On a pu constater que vous êtes un touche-à-tout : photographe, réalisateur, auteur de différentes ouvrages ; mais vous, comment vous caractérisez-vous?

R. A. : Je suis quelqu’un de curieux, un peu aventurier, pleins de passions, je fais quand même très attention car les gens pensent que de l’extérieur, être photographe c’est un métier de rêve, en voyant toutes les expositions que je fais, les livres, les parutions dans les magazines. Mais c’est un métier où on a beaucoup à faire dans les relations humaines, et parfois c’est compliqué, que ce soit pour une pub, pour un magazine, où la personne qu’il faut photographier, il faut être très diplomate mais en gardant son caractère, il ne faut pas se laisser faire pour autant. Ça c’est un peu le côté que je n’aime pas, le côté business.

PREMIUM : Particulièrement actif, vous avez sans doute des projets ; quels sont-ils ?

R. A. : J’ai 2 livres en préparation, je pense à paraître en 2020. Il y a un deuxième tome du livre de NTM, j’ai fais le livre officiel en 2008 et j’en prépare un deuxième, et un livre qui me tient à coeur, consacré à mes photos de 1985 à aujourd’hui dans l’univers motard. J’ai un autre projet qui me tient aussi à coeur et qui me prend beaucoup de temps, j’ai réalisé mon premier long métrage documentaire sur Mickey Rourke, c’est un film qu’il m’a proposé de réaliser et qui retrace sa vie.