Manta, le sauveteur des mers

9 millions de tonnes de déchets plastiques par an, c'est le bilan catastrophique de nos océans. Le skipper Yvan Bourgnon a décidé de réagir en lançant le projet Manta, un navire capable de collecter en masse les déchets océaniques. Source : Theseacleaners

On ne parle plus des dégats que produisent les déchets plastiques déversés dans la mer. Ceux-ci déciment la faune marine, et plus particulièrement les tortues, les cétacés, les mammifères et autres oiseaux marins. Au fur et à mesure de leur dégradation sous l’effet des ultraviolets, du sel et de l’action mécanique de la houle et des courants, ils se fragmentent en micro-déchets, puis en nano-déchets et sont ingérés directement par l’ensemble de la chaîne alimentaire marine. Pour certaines espèces, c’est près de 90 % des individus qui ont déjà ingurgité du plastique, on estime qu’en 2025 toutes les espèces marines, y compris les oiseaux auront ingurgité du plastique à plus ou moins grande échelle. De plus, ces « continents » de déchets favorisent le développement d’insectes marins (ex : les halobates) et de parasites qui profitent des amas de détritus flottants pour pondre dessus. La fragmentation du plastique, physique et chimique, est infinie. Au cours de sa dégradation, il libère toutes les substances toxiques qu’il contient dont les plus dangereux sont connus, pour leurs effets dévastateurs sur la santé (DDT, dioxine, PCB, phtalates, Bisphenol A, métaux lourds). Ces toxiques se fixent dans les organismes marins et se retrouvent dans les produits de la consommation humaine. Des tonnes de plastique s’échouent sur les plages et dégradent les sites des littoraux, au point d’entraîner une réduction significative des activités touristiques.Partout, comme au Japon par exemple, on ne compte plus les îles dont les côtes et les plages sont jonchées de tonnes de déchets plastiques, réduisant à néant l’activité touristique. C’est le cas pour toute une partie du sud-est asiatique. Quant aux ressources halieutiques, elles sont en net recul partout. Bref, d’ici à 2050, l’océan contiendra 2 à 3 fois plus de plastiques, l’équivalent d’une tonne de poissons pour une tonne de plastiques. Yvan Bourgnon est sensibilisé à cette catastrophe depuis ses 8 ans, âge auquel ses parents l’emmènent sillonner les mers durant un tour du monde qui dura 3 ans. Un choc pour lui, qui constate à quel point tous les océans sont pollués par des immensités de déchets en tout genre. Aujourd’hui, après avoir accompli une carrière bien remplie de navigateur émérite, il décide de réagir avec la création de l’association The Sea Cleaners. Entouré d’une équipe d’experts et de professionnels, ils imaginent le MANTA, le premier navire hauturier capable de collecter et de traiter en masse, en haute mer ou près des côtes, les déchets océaniques flottants avant qu’ils ne se fragmentent. Le projet a réuni un bon nombre de mécènes et partenaires, dont La Fondation du Prince Albert II de Monaco. Vous pouvez également soutenir l’association sur le site
www.theseacleaners.org

LE MANTA, une usine flottante pour traiter les déchets plastiques océaniques

Les campagnes de collectes dureront de quelques jours à plusieurs semaines. Selon les premières estimations, la nature des plastiques récupérables sera, en majeure partie, d’une densité inférieure à celle de l’eau, soit principalement les polyéthylènes et propylènes les plus faciles à recycler. Les 3 collecteurs, situés entre les coques du navire, auront la capacité de ramener rapidement les déchets à bord. Une fois captés, les déchets sont acheminés par un système de tapis roulants sur la zone de tri manuel. Les plastiques sont ensuite compactés en balles de 1m³. Le MANTA pourra ainsi stocker jusqu’à 250 tonnes de déchets dans ses coques. Les balles seront ensuite déchargées à terre vers des centres de recyclage où le plastique sera revalorisé. Le navire sera également équipé de deux grues permettant aussi de sortir de l’eau de plus gros déchets flottants tels des filets de pêche ou des containers perdus par les navires.

les chiffres d’un naufrage

9 millions de tonnes de déchets plastiques dans les mers par an

1 million d’oiseaux tués par an

100 000 mammifères marins tués chaque année

+ de 1400 espèces marines déjà impactées

7O% des déchets flottants finissent par couler

450 ans pour qu’une bouteille plastique se dégrade (immergée, ce temps est quasi infini)