Le pdg le plus rapide du ciel

Michel Soutiran est un homme qui mène plusieurs vies. Il est le PDG de SPARFLEX, une entreprise spécialisée dans l'habillage des Champagnes, vins et spiritueux, créateur et pilote de sa propre patrouille aérienne. Entretien avec le PDG le plus rapide du ciel... 

Michel Soutiran crée SPARFLEX en 1984, une entreprise basée près d’Epernay, qui produit et commercialise des supports d’informations et d’images destinés à l’habillage des Champagnes, Vins, Spiritueux et autres boissons de prestige à travers le monde entier. Sa passion pour l’aviation le conduit plus récemment à créer la patrouille aérienne SPARFLEX, ce qui lui permet de hisser haut dans le ciel les couleurs de son entreprise et d’assouvir également sa passion de pilote, qu’il porte en lui depuis l’enfance et aime faire partager.

PREMIUM : Enfant, qu’est-ce qui a provoqué chez vous le désir de voler ?

Michel Soutiran : Durant mon enfance, j’étais chaque jour spectateur des évolutions des avions de la Base aérienne 112 de Reims au-dessus de mon village, des Fouga Magister, des Vautours, mais aussi des transports militaires Noratlas survolant nos vignobles champenois… C’est ainsi que l’envie d’évoluer dans la 3ème dimension est sans doute apparue … En outre, ma commune (Ambonnay) avait des relations particulières avec un escadron qui faisait régulièrement de la voltige, à notre verticale, j’étais fasciné…

PREMIUM : Quels sont les héros du ciel qui vous ont fait rêver ?

M. S. : Ce sont des aviateurs tel que Pierre Clostermann, auteur du « grand cirque », qui relate la vie d’un pilote Français au sein de la RAF durant la seconde guerre mondiale, ce sont aussi les séries télévisées des « chevaliers du ciel  » et leurs magnifiques mirage 3, les bandes dessinées tel que Buck Danny, mais aussi tous les pilotes de chasse américains devenus « astronautes », allant conquérir la lune en 1969 (Neil Armstrong, Frank Bormann, et tant d’autres dont nous suivions chacun des vols avec passion). Jusque-là, pour moi, seul Tintin était allé sur la lune…

PREMIUM : Comment devient-on propriétaire de sa propre escadrille ?

M. S. : L’aviation et sa culture ont toujours fait partie intégrante de l’ADN de notre entreprise. Rigueur, humilité, précision, travail d’équipe… Je ne sais ce qui a eu le plus d’importance entre ma motivation de voler et ainsi de voir le monde à sa portée ou de l’avion, en tant qu’outil aboutissant au même résultat. En clair, je ne sais dire si l’aviation a été la cause ou la conséquence de notre développement. Avec certitude, notre entreprise n’aurait pas été la même sans celle-ci. Dès 1986, j’ai eu l’opportunité d’une première acquisition, grâce à l’un de mes amis et clients champenois, qui se séparait de son appareil pour raison médicale. Il insistait pour que l’avion reste dans la région. Je n’en avais alors pas les moyens, mais ce dernier a fait le nécessaire pour que je puisse lui racheter. C’était notre premier bimoteur. Il nous a permis de développer rapidement notre business sur la France et en Europe.

PREMIUM : Pilotez-vous vos propres avions ?

M. S. : Bien sûr – j’aime cela ! je pilote tous mes avions et j’ai pratiqué intensément l’hélicoptère jusqu’à ma domiciliation à Luxembourg. La création récente avec un partenaire d’une école (ATO) hélicoptère au Findel va me permettre de pratiquer de nouveau (heli-Luxembourg.com)

PREMIUM : Quel appareil d’exception avez-vous déja eu la chance de piloter ?

M. S. : Le L-39 était le plus exceptionnel mais, récemment, j’ai piloté un Aermacchi MB-339 (Ndlr : avion biplace d’entraînement militaire italien, conçu dans les années 1970 équipant encore aujourd’hui la patrouille nationale italienne) qui est également une machine performante. Mais on ne m’a encore pas donné l’occasion de piloter des avions militaires opérationnels, du type Rafale, eurofighter ou mirage 2000. Je le regrette, mais si l’occasion se présente, j’accepterai volontiers.

PREMIUM : Quel est celui que vous rêveriez de piloter ?

M. S. : J’ai la chance d’avoir dans notre patrouille, un coach : François Forget qui était pilote de présentation du mirage 2000 pour Dassault et l’armée de l’air Française. Quand à Aymeric de Valence, leader de la patrouille, il est descendu récemment du rafale naval. En les écoutants, on a clairement envie d’un Mirage 2000 ou d’un rafale et d’une catapulte ! Je dois dire que je trouve déjà bien du plaisir à voltiger, en patrouille serrée, avec nos L-39. Et plus encore de le faire découvrir à des passagers, grâce à notre activité de vol à sensation qui permet à tous les volontaires de venir découvrir cette discipline
(www.flyandfun.fr/) ou lors de vol découverte (dans l’école que nous avons créée dans ce but et où tout pilote peut venir passer sa qualification de type L39).

PREMIUM : Faut-il avoir l’étoffe des héros pour créer son entreprise aujourd’hui ?

M. S. : La nôtre a déjà 34 ans maintenant. Je pense qu’il faut, aujourd’hui encore plus qu’hier, avoir l’étoffe d’un héros pour s’engager dans ce type d’aventure; tout au moins dans un secteur industriel. Il faut avoir une sacrée dose d’inconscience ! (rires) Je pense qu’il faut être né dans un environnement d’entrepreneur, avoir cette dose d’inconscience et la conserver au fil du temps (C’est un challenge!). Il y a tout de même beaucoup de satisfactions aussi à construire une entreprise, nous étions deux au départ… Nous collaborons aujourd’hui avec 600 personnes; produisons dans 4 pays et on peut estimer que chaque seconde, 75 de nos produits sont consommés. Nous côtoyons des clients passionnés, épris de leur terroir, de leur région et leurs produits, dont ils nous confient la présentation, et qui, chaque jour, « sur le métier remette leur ouvrage ». Comme nous ! Comme notre patrouille avant chacune de ses présentations !

PREMIUM : Pensez-vous que la création de votre patrouille vous a permis de développer plus vite votre entreprise ?

M. S. : L’avion nous a permis de nous développer plus vite. La patrouille est plutôt une conséquence qu’une cause du développement de notre entreprise, le développement est né du goût d’entreprendre, de l’aptitude à prendre des risques (pas de principe de précaution dans le domaine…), l’avion est un outil. J’ai acheté mon premier L-39 pour me déplacer et aller visiter clients et fournisseurs pas pour voltiger en patrouille; la patrouille est née de rencontres avec d’anciens pilotes de chasse, heureux de partager une part de leurs compétences avec moi parce qu’ils trouvaient mon avion magnifique ! Je découvre alors un univers différent de celui du chef d’entreprise, une aviation où l’on évolue aux limites de l’appareil, avec un objectif esthétique pour le public (un point commun avec nos préoccupations d’industrielles). Un domaine où le respect et la confiance en son leader ou équipier sont une obligation, presque une loi de la nature. C’est à partir de ce moment que je trouve tellement plus excitant de voler en formation. La patrouille met en évidence un état d’esprit, une volonté de conquérir et d’apprendre qui sont bien ceux vécus par nos collaborateurs au sein de l’entreprise. Les clients que nous emmenons en vol ne peuvent repartir sans une attache particulière à celle-ci en sus de celle résultant des produits et services que nous leur proposons.

PREMIUM : Votre entreprise est spécialisée dans le packaging, avez-vous déjà songé à lier passion et business en décorant des avions?

M. S. : Nous avons créé nous-mêmes la décoration de nos appareils, c’était un challenge. Mais nous ne le proposerons pas comme un service, je préfère rester concentré sur notre coeur de métier.

PREMIUM : En dehors des affaires et de l’aviation, avez-vous d’autres passions ?

M. S. : J’aime beaucoup la voile, mais le temps passe vite, on ne peut pas tout faire, les journées n’ont que 24h même si l’on est rapide…