Kilian Jornet : run or die !

Comment qualifier autrement un tel exploit ? Car Kilian Jornet a ce petit plus que nous autres, simples humains, n’avons pas : deux records d’ascension de l’Everest en moins d’une semaine, sans oxygène qui plus est.

Pour rappel : l’Everest, montagne du massif de l’Himalaya située à la frontière de la Chine et du Népal, aussi appelée le toit du monde, atteint un sommet de 8848 mètres. La première ascension date de 1953. Rappelons que sur plus de 14000 personnes ayant tentée d’atteindre le sommet, seules 4000 y sont arrivées. Beaucoup y laissent leur vie, et encore récemment, puisque 8 alpinistes sont décédés fin mai.

L’ultra-terrestre

Kilian Jornet, espagnol de 29 ans, est né dans les montagnes. Depuis 2012 il s’est lancé un défi « Summits of my life » : atteindre les sommets des montagnes les plus hautes, en affolant les chronomètres. A son palmarès, Kilian peut se vanter de compter le Cervin, le MacKinley, l’Aconcagua, le Kilimandjaro et deux Mont Blanc en une journée (alors qu’en temps habituel cela nécessite deux journées entières), ce qui représente 6700 mètres de dénivelé positif. Une promenade de santé pour un sportif aguerri comme lui ! Récemment il s’était frotté au mont Cho Oyu, 8201 mètres d’altitude, avec un chargement poids plume : « En utilisant du matériel léger, nous pouvons avancer plus vite. (…) Nous sommes conscients de ce risque et nous l’assumons. »

« L’ultra-terrestre », comme il est surnommé, a donc ajouté à son palmarès deux Everest en moins d’une semaine. Tout a débuté dans la nuit du samedi 20 mai, lorsque le champion est parti du monastère de Rongbuk (5100 mètres). 26 heures plus tard il atteignait le sommet, d’une traite, sans repos mais avec un bon virus à l’estomac qui l’a freiné dans son exploit. Certainement un peu déçu, toujours sans oxygène et corde fixe, le 28 mai Kilian a décidé de repartir à l’assaut de l’Everest depuis un camp à 6500 mètres. Cette fois il mettra 17 heures, et déclare « avoir eu du mal à avancer », à cause du vent. Malgré tout, « monter deux fois l’Everest sans oxygène en une semaine ouvre un nouveau champ de possibilités en alpinisme et je suis vraiment heureux d’avoir accompli cela », ajoute-t-il. C’est en effet un exploit si l’on considère que les capacités physiques à cette hauteur sont réduites de 60%, d’où un entraînement intensif les dernières semaines. Il semble pourtant difficilement satisfait de ses performances. Envisagerait-il une troisième ascension ? Nul ne le sait, mais il dit se sentir vivant en courant. Il dit aussi que ceux qui ne rêvent pas sont morts…

Ainsi s’achève son projet « Summits of my life ». Projet pour lequel il avait obtenu le titre en 2014 « d’aventurier de l’année », décerné par National Geographic.