Immersion dans l’histoire de la manufacture Panerai

Neuchâtel, Suisse. Non loin du fameux lac, c’était encore l’été là-bas fin septembre. C’est dans ce décor délicieux que nous a accueilli la maison Panerai lorsqu’elle nous a ouvert les portes de sa manufacture. Immersion totale dans son patrimoine horloger italo-helvétique.

6 janvier 2018 ,

On ne sait pas à quoi on peut s’attendre lorsqu’on visite une manufacture horlogère, sise dans le pays qui est le berceau même de cette industrie, mais dont l’histoire a débuté dans un tout petit shop à Florence, en Italie. Giovanni Panerai ouvre en 1860 cette petite boutique dédiée à l’horlogerie suisse et y incorpore un atelier ainsi que la première école d’horlogerie de la ville. L’histoire va être lancée, comme beaucoup, par une rencontre ou une opportunité, celle de créer la première montre marine. La fameuse Radiomir, véritable instrument de précision, naît en 1916 : elle est dotée de poudre à base de radium (qui sera plus tard remplacée par une substance composée de tritium avec la Luminor) pour rendre les indications du cadrans luminescentes – doublée d’une grande robustesse et étanchéité – caractéristiques essentielles lorsqu’un militaire opère sous l’eau. S’ensuit de nombreuses recherches, de nombreux brevets déposés par cette famille de ‘scientifiques’ qui positionnera la maison comme une référence pour ces montres-outils. Panerai est racheté par le groupe Vendôme en 1997 (ancien nom du groupe Richemont), qui sort alors une plus grosse artillerie afin de faire connaître au monde cette maison à l’identité si particulière, qui était – jusqu’en 1993 tout de même – sous la coupole exclusive de la marine italienne. Pour le reste de l’histoire, on y reviendra un peu plus tard. Nous nous sommes donc retrouvés là, en face de ce bâtiment écologique tout de verre bâti, sans vraiment savoir qui nous accueillerait derrière ces portes cristallines. L’accueil est chaleureux, naturel et sans chichi, avec ce sourire franc aux lèvres décidément à l’opposé de ce que l’on peut s’imaginer d’une grande maison internationale, dont les mains tendues sont parfois trop professionnelles ou aseptisées. En guise d’hôtes, Frédéric Dreyer, directeur Recherche et Développement, et Adriano Toninelli, horloger et formateur. A les voir là, on comprend à première vue que la journée ne sera pas verrouillée dans un jeu conventionnel. Frederic Dreyer affiche un style qui lui est propre, sans doute aussi typé que les créations qu’il a développées pour Panerai : un jeans gris ajusté, des chaussures très marquées et surtout une ceinture à très large boucle qui interpelle, irrémédiablement. Evidemment à son poignet une Panerai, une Lab-ID s’il vous plaît. Commence alors avec M. Dreyer le dédale des couloirs, où l’on parcourt les plans de ce nouveau bâtiment inauguré il y a 3 ans seulement, l’histoire de la marque, et la sienne par la même occasion. Il intègre cette maison en 2012, et depuis cette année le nombre de brevets déposés a tout simplement triplé. La Luminor Due (moitié moins épaisse que sa prédécesseur), les innovations en termes de matières comme le Carbotech ou le BMG-Tech, la Luminor 1950 Tourbillon, la répétition minute Carillon, la Panerai Lab-ID… Tout ça, c’est bien lui. On déchiffre rapidement que dans les veines de cet ingénieur de formation coule le même ADN que celui de la Famille Panerai, qui, de leur esprit scientifique, avait fait de cette maison une mine de recherches et de développements. D’ailleurs, nombre de profils dans le département R&D sont aussi ingénieurs et non maîtres horlogers. C’est la quête aux innovations qui régente cette partie du personnel, appuyée par tout un arsenal d’énormes machines qui font passer des tests imparables et intraitables aux productions Panerai. Une stratégie qui semble payante au vu des résultats : jusqu’en 2002, les mouvements de la manufacture étaient 100% extérieurs. Depuis cette date, 27 mouvements ont été produits in-house et ils le seront en totalité dans les 18 prochains mois. Dès les prémisses de son histoire, Panerai a conçu plus que des montres, s’évertuant à élaborer plutôt des ‘instruments de précision’ comme ils aiment le souligner. Une particularité qui a séduit grand nombre d’amateurs d’horlogerie et donné naissance à une véritable communauté d’aficionados : les Paneristi. Dans ce cercle se trouvent de grands noms comme Sylvester Stallone – fervent amateur dès les premières heures de la marque – Arnold Schwarzenegger, Jason Statham, Tom Cruise, Dwayne Johnson dit « The Rock », Michael Jordan… Ne vous y méprenez pas, les montres de Panerai ne sont pas réservées aux gros gabarits (surtout depuis la Luminor Due), car dans ce clan on compte aussi des femmes et des aventuriers. On y retrouve donc un certain Mike Horn, l’un des plus célèbres explorateurs des temps modernes, qui affectionne particulièrement la marque pour sa robustesse et sa précision compte tenu les conditions extrêmes qu’il parcourt, entre chaleur intenable, humidité tropicale ou encore froid glacial. L’histoire nous l’a répété, outre son design massif et son caractère bien trempé, la marque horlogère est depuis toujours calibrée pour la performance et l’aventure. Parcourir les entrailles de cette manufacture nous ramène à ce que l’on a de plus cher, l’âme ou les racines, je vous laisserai choisir. C’est d’observer le remarquable chemin parcouru par la marque, tout en notant que la chaleur des lieux est peut-être encore habitée par son préambule à lui, son tout petit shop de Florence, en Italie. Car oui, la convivialité qui y règne a bien un goût transalpin. Ce n’est sans doute pas pour rien qu’à ce jour, celui qui se trouve encore à la tête de Panerai n’est autre que Angelo Bonati, qui outre ses origines italiennes manifestes, était le tout premier « employé » de Panerai depuis la tutelle de Vendôme. Alors que dire face à cette allégorie de la vie, celle où l’on grandit, se réalise, sans jamais vraiment oublier qui l’on est et d’où l’on vient. Chapeau bas.